
Le 25 septembre 2007, voici ce que j'écrivais au dos de la feuille où je prenais des notes durant un stage d'ancien français...
Un amphithéâtre bondé. Les bavardages vont bon train. Pour arriver ici, j'ai emprunté les longs et majestueux couloirs chargés d'histoire de la Sorbonne. Avec Linkin Park en fond sonore, je retombe en adolescence, c'est limite surréaliste. Cela fait deux semaines que j'enchainne les stages de manière plus ou moins assidue (stylistique, ancien français...) dans une faculté dans laquelle la lenteur administrative fait que je ne suis même pas encore inscrite. Les gens ne parlent pas à ceux qu'ils ne connaissent pas, et quand ils ne connaissent personne, ils ne parlent pas tout court. Je lance des perches, je tente de soutenir des regards, mais j'ai l'impression de "pisser dans le vent" comme aurait dit mon jeune cousin. Les gens à Paris sont vraiment des gens : une foule anonyme et angoissante. Ils mangent seuls. Les Mac Do, espace social populaire par excellence, sont construits à cette image : la plupart des tables sont prévues pour des personnes seules. Je me fais acoster. On fait mine de m'enlever dans un tracto-pelle (je ne saurai jamais écrire ce mot), on me court après pour solliciter un rendez-vous... Je ne suis pas la seule ! Ma colocataire mariée est également courtisée. Est-ce l'air souriant dse filles du Sud ? Si ces gens savaient ce qui me fait sourire...
La prépa me manque curieusement. Mes amis me manquent. Ne plus partager mes extases et mes overdoses littéraires avec Marjolaine me manque. C'est une nouvelle vie qui s'ouvre à moi et je plonge dedans. J'avance. Le premier jour, en jean débardeur dans les rangs de la Sorbonne, je me sens provinciale comme jamais. Demain je m'achète un tailleur.
Je griffonne sur un coin de ma feuille tant mon imagination et mon besoin d'écrire se font pressants en ce moment. Je ne suis pas productive, mais je ne l'ai jamais tant été en pensée. J'ai envie de raconter tout ça à Adrien. Je me surprends à noter mentalement toutes ces choses que j'ai envie de lui dire. Des heures et des heures de conversation, nous sommes intarissables. Je ne dévoile pas tout, j'ai toujours envie de le surprendre, il m'épate. Moi ? En train de replonger tête la première dans les traditionnels excès de sentimentalisme des débuts d'une histoire ? Non... Il faut que je me souvienne de demander à Jocelyn si je suis encore moi-même. J'ai des crampes à force de sourire, je ne sais pas être tout simplement heureuse. C'est ça qui est dingue : être si euphorique sans savoir s'en accomoder. Je cherche le piège mais ne le trouve pas.
Un mois plus tard :
Toujours aussi seule dans Paris, toujours aussi nostalgique de la prépa et de Montpellier, toujours aussi heureuse près de lui qui va venir me donner la main, parce que, comme il dit, "Paris est une ville qui ne se visite que main dans la main". Si le piège existe, je ne l'ai pas encore mis à jour, je reste attentive hein !