
J'avais à peine onze ans quand je l'ai rencontré. Il n'avait pas alors la popularité et le succès qu'il serait amené à avoir en grandissant. Il m'avait été présenté par une connaissance de l'époque. Je dis "connaissance" car je refuse le titre "d'amie" à une personne de son acabit, mais pour simplifier la suite du récit, nous dirons qu'Il m'a été présenté par une amie. La modestie de son apparence me charma au préalable, mais mon amie, qui ne le connaissait pourtant pas finalement, semblait penser qu'il n'était pas particulièrement digne d'intérêt. J'appris tout de même à le connaître, secrètement. Nous nous donnions rendez-vous dans un coin de la Cour entre midi et deux. Rassurée par son équanimité, j'allais jusqu'à l'emmener dans ma chambre un après-midi après les cours. Il y fit rapidement sa place et nos rencontres dans cet antre intime se firent de plus en plus fréquentes. Je vous pries de croire que lorsque je le touchais alors, c'était avec toute l'innocence et la candeur de l'enfance : si danger il y avait pour mon intégrité, je ne m'en rendais pas compte. Mes parents eux-même ne virent aucune raison d'interrompre notre relation. Nous la poursuivîmes donc, et elle allait durer toutes ces années, gagnant en force au fil du temps.
À onze ans j'avais ainsi rencontré celui qui allait devenir mon amant. Car amant il l'est bien, la linéarité de nos rapports ne permet pas d'en douter. Au fil des ans, j'appris à connaître son corps si lisse et souple, son parfum inimitable... Il savait me captiver, me toucher comme personne, il m'emenait dans un autre univers, un monde qui n'appartenait qu'à nous... J'avais bien sûr une vie sociale, des activités, une scolarité irréprochable... Mais il était mon vice caché, mon addiction. À quinze ans j'eus même un petit ami qui ne sut pas m'en détourner, bien qu'il ne sut jamais ce qu'il en était réellement. Cependant, malgré la nature fusionnelle de notre relation, je dus apprendre à le partager. Il s'était étoffé au fil des ans, il n'était plus le jeune garçon à lunettes repoussant qu'il avait pu être pour les autres quand il avait éveillé mon intérêt. Non pas qu'il ne fut déjà beau quand débuta notre histoire, mais le reste du monde finit par remarquer sa prestance et il gagna en popularité. L'idée que d'autres que moi puissent le toucher, le caresser, me mettait au supplice, mais en même temps je les comprenais ! Je me consolais dans la croyance que l'univers que nous partagions n'appartenait qu'à nous.
Je me souviens avoir un jour bravé la tempête pour le simple réconfort de sa douce présence... Il représente tout de même neuf ans de ma vie, c'est à la fois la relation la plus stable et la plus instable que j'ai jamais eue. Il pouvait se dérouler des mois sans que nous ayons le moindre contact, puis soudain nous nous voyions assidûement 15 jours durant, ou quelques heures seulement, cela me suffisait. Mais le dernier chapitre de notre aventure est arrivé. Au fond de moi, je l'avais toujours attendu, j'ai toujours tendu vers la fin de l'histoire, mais je l'appréhendais aussi : comment mettre un terme à une aventure si longue et si riche ? Notre dernière étreinte fut passionnée, je ne l'oublierai jamais, mais c'était la dernière, si à présent nous devions nous revoir, ce serait dans la nostalgie et le souvenir. En neuf ans, il aura su me surprendre toujours, moi qui le connaissais pourtant si bien !
Pourquoi est-ce fini me direz-vous ? La jalousie d'Adrien y serait-elle pour quelque chose ? Que neni, il comprenait mon vice et le tolérait tant qu'il n'empiétait pas sur notre relation. Non en fait c'est la faute de J.K Rowling : oui, pourquoi, pourquoi, pourquoi a-t-il fallu qu'il y ait une fin à Harry Potter ?
Je suppose qu'à présent, il me faut vraiment tourner la page...